Paresia

On ne peut voir qu'on ne voit pas ce qu'on ne voit pas..

Charles Fourier – De l’anarchie industrielle et scientifique (1847) 13 mars 2010

(…) un écrivain devra considérer que la philosophie est le colosse aux pieds d’argile qu’un souffle de vérité renversera. Elle ne se soutient que par l’énormité des désordres sociaux, contre lesquels on aime l’entendre déclamer ; malgré l’impuissance de ses philippiques, c’est une distraction au mal.

Mais du moment où un nouvel ordre social, très facile à fonder, ferra entrevoir le terme prochain des misères civilisées, on ne saura que faire des frivoles consolations de la philosophie, on la congédiera aussitôt, comme un médecin convaincu d’avoir jugé à faux et traité la maladie à contre sens. Devenue inutile, elle tombera sous le poids des ridicules, et chacun se ralliera à l’avis de son patriarche Voltaire, qui loin de voir des lumières dans le dédale philosophique, s’écrie :

Mais quelle épaisse nuit !

A l’époque où parlait Voltaire cette science n’était pas encore jugée par les faits, elle n’avait pas subi l’épreuve de la révolution, qui a confondu toutes les sortes de philosophie, même l’économisme, qui pourtant semble avoir éclipsé les autres branches, surtout la pauvre morale. Il l’a maté à tel point, qu’elle est obligée de permettre l’amour des richesses perfides, d’encenser les trafiquants, qui avant le règne des Économistes étaient bafoués par Horace et Boileau, réprouvés par l’Évangile qui les confond avec les voleurs, vendentes et latrones, et battus de verges par Jésus-Christ, à l’époque où ils habitaient des échoppes et non des palais.

Mais déjà cet économisme qui a envahi le sceptre des fausses lumières se dénonce lui-même. Désorienté par la crise pléthorique de 1826, il désavoue ses théories ; pour prévenir les enquêtes sur leurs bévues, et en bon marchand de systèmes, promet de nouvelles théories qui conduiront sans faute à toutes les perfectibilités perfectilisantes.

Quelle anarchie ! La science dominante, celle qui a éclipsé toutes les autres, en vient à rougir d’elle-même en voyant l’excès des misères qu’engendre sa chère civilisation. L’économisme avoue qu’il n’a ni principes fixes ni résultats certains. Encore ne connaît-il pas le dixième des écueils où il échouerait successivement. (…)

Quel affront pour les autres sciences qui, comme la morale, ont fléchi devant cette chimère de fraiche date, ce vil esprit mercantile (…). La politique, pour les flatter, se traîne dans la boue, soutiens la traite des nègres et des blancs pour complaire aux vendeurs de calicots. Quelle joie éclatera bientôt parmi les castes supérieures enchainées aujourd’hui au char du commerce ! Quelle sera leur satisfaction de voir que le commerce et même le monopole anglais n’étaient, comme la philosophie, qu’un colosse aux pieds d’argile, et que tout l’édifice mercantile va s’effondrer avec celui de sciences philosophiques !

(Extrait du chapitre IV – Final sur les côtés faibles de la philosophie)

Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s