Paresia

On ne peut voir qu'on ne voit pas ce qu'on ne voit pas..

La décroissance : un slogan provocateur (réponse à « La décroissance, un mythe dangereux ? ») 9 mars 2010

Filed under: Débat : la décroissance,Réflexions — E.J @ 00:58

Plusieurs choses dans ce qui au départ n’était qu’un article mais est entrain de se transformer en conversation/débat :

Le 1er point abordé dans ta réponse nous met d’accord : à savoir que le mot « durable » revêt  différents sens possibles en fonction de qui l’emploie. Je pense effectivement qu’il n’est qu’une façade marketing, un sauf conduit écologique pour le partisan du libéralisme tandis qu’aux yeux de son adversaire idéologique ce mot représente, candidement, plutôt une voie vers une économie, une croissance, plus respectueuse de la nature, donc ce que tu as appelé une moralisation du capitalisme.

Encore une fois lorsque tu dis que  » le développement n’est pas nécessairement une notion économique  » tu as parfaitement raison. A mon sens, le développement peut être de 1000 natures différentes : intellectuel, physique, psychique, amoureux. Il pourrait donc être définit par tout ce qui nous fait avancer dans la connaissance de nous mêmes et de notre environnement en tant qu’être humains, et donc en quête perpétuelle de savoirs, de compréhension et d’accomplissement, tout ce qui conduit en somme vers une vague idée du bonheur.

Seulement cette idée que nous avons du développement et le sens que nous mettons derrière ce mot est à distinguer de celui qu’il revêt pour un certain nombre de ses utilisateurs parmi lesquels : les chantres du libéralisme qui aujourd’hui bénissent le concept de développement durable. Il suffit d’ailleurs de chercher la définition de développement  pour tomber très rapidement  sur une définition purement mercantile :  » Le développement consiste à transformer un concept de nouveau produit, procédé ou service en réalisation industrielle prête à être commercialisée ou exploitée.  » C’est donc cette idée de développement qu’il faut combattre, celle derrière laquelle se cache l’idée insidieuse que nous ne pourrions profiter de toute avancée, toute progression quelle que soit sa nature, que sous la forme de produits que nous consommons, matériels ou non, créés par le marché et son appétit carnassier.

En cela la décroissance, qui  n’a jamais été une idéologie, de la bouche même de ses penseurs, est un slogan provocateur qui questionne, interroge et remet en cause ce que Serge Latouche nomme la religion de la croissance, cette idée selon laquelle il faudrait produire toujours plus, consommer toujours plus alors mêmes que depuis longtemps nous satisfaisons nos besoins primaires, le reste n’est qu’illusion puisque créé artificiellement en même temps que le désir qui doit nous convaincre de la nécessité et la légitimité de son existence. Opposition donc au concept de Croissance d’où le nom de décroissance.

Hormis ce problème de sémantique que tu reproches aux  » décroissants « , peut être à juste titre, se trouve à mon avis quelque chose de bien plus profond : l’idée, non pas de revenir en arrière, si tant est que ce soit mal,  mais plutôt de reprendre le contrôle d’un certain nombre de paramètres de nos vies consuméristes, nous donner la possibilité de l’imaginaire, l’idée de réinventer d’autres moyens de nous nourrir, de nous chauffer. Parce qu’avant toute chose, derrière l’idée de décroissance,  il y a aussi l’idée de  d’auto-suffisance et réappropriation d’un certain nombre d’éléments qui sont aujourd’hui gérés par des agents extérieurs en raison de facteurs structurels. Un exemple : pourquoi n’avons nous plus le temps de véritablement cuisiner, faire le repas, couper les légumes etc ? parce que nous sommes bien trop occupés à travailler or une partie de ce temps passé à produire non pour nous mais pour quelqu’un d’autre  nous « oblige », dans une certaine mesure, à acheter de la nourriture toute faite dans les supermarchés. Réappropriation donc d’un certain nombre de nos fonctions de base.

« Moins consommer, moins polluer, s’attaquer au capitalisme ultra-libéral, tout ça n’a rien à voir avec la décroissance. Au contraire c’est une croissance, un développement réellement en harmonie avec la nature »

Comme l’explique Serge Latouche  » s’il y a une chose que l’on veut faire croitre c’est la joie de vivre. Précisément pour faire croitre la joie de vivre, il faudrait améliorer la qualité de l’eau, la qualité de l’air, le bonheur, que les gens se suicident moins, toutes ces choses engendrées par la croissance, la société de croissance « .


Je pense donc que ce que l’on appelle la décroissance n’est pas une finalité mais seulement le début d’une réflexion personnelle sur ce qui est utile et ce qui ne l’est pas, sur des priorités et un mode de vie à réadapter en fonction de nos besoins et cela sans avoir aucunement besoin de passer par le politique car ce serait une fois encore perdre le contrôle d’un certain nombre choix et de décisions.

En ce qui concerne les pays sous-développés, le concept de décroissance n’est évidemment pas applicable et ne peut en aucun cas conduire à la même réflexion dans le cas d’une certaine partie de la populations qui tente déjà de se nourrir. Serge Latouche et d’autres l’ont bien compris et distinguent donc dans leur réflexion les pays développés, opulents et les pays sous-développés que l’on doit aider dans leur développement vers un certain nombre de choses.

J’en profite pour rajouter que réduire les propos du député vert d’Yves Cochet à vouloir réduire la population de la planète en sacrifiant une partie de l’humanité est bien trop simpliste. Il ne s’agit d’ailleurs pas de vouloir réduire la population de la planète mais de limiter une croissance exponentielle ce qui est une grosse différence.

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One Response to “La décroissance : un slogan provocateur (réponse à « La décroissance, un mythe dangereux ? »)”

  1. paresia Says:

    Yo ! Évite le tutoiement dans tes articles, je pense qu’il vaut mieux essayer de s’adresser à un public, même imaginaire, ça facilitera la lecture du blog. Si ça doit vraiment prendre la forme d’une discussion il vaut peut-être mieux le faire dans les commentaires. J’ai changé ton titre provisoirement, mets ce que tu veux mais le « 2° partie » prêtait à confusion.

    Sinon j’attends toujours tes réponses aux questions sur le travail et sur les bobos..


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