Paresia

On ne peut voir qu'on ne voit pas ce qu'on ne voit pas..

Le pipeau écolo : 100% langue de Bois 8 mars 2010

Performance environnementale et développement durable sont aujourd’hui des termes au cœur de l’actualité économique, politique et citoyenne. Ont-ils un véritable sens?

En effet, en analysant ces deux couples de termes, on se rend rapidement compte que chacun des deux est un non sens. La définition de performance est « possibilité de rendement optimal d’un matériel». Production «Verte» ou non, comment le fait d’optimiser un rendement de ressources naturelles et donc limitées pourrait il donc être compatible avec la planète et cohérent avec la démarche écologique derrière laquelle s’abritent aujourd’hui bon nombre de politiques.. De la même manière, il est aisément possible de démontrer l’absurdité du concept de développement durable.

Cette question de l’utilisation des mots et les concepts qu’ils soutiennent est d’autant plus intéressante par rapport aux thématiques environnementales que ces sujets représentent un intérêt croissant pour la population et se retrouvent donc au cœur du processus de pure démagogie politique. Il me semble donc important d’avoir une contrebalance intellectuelle sur l’utilisation de ces termes, une analyse à la fois sémantique et conceptuelle des mots et leur contenu.

L’adoption de ces nouveaux comportements « écolo-miques » ne correspond le plus souvent qu’à un « marketing vert » relayé par les politiques, y compris certains Verts, pour faire perdurer une économie de marché. Une économie fondée sur un système économique capitaliste belliqueux qui ne cesse de démontrer combien il est dangereux, pour un certain nombre de populations et pour la planète sur laquelle nous vivons.

Lorsque je parle de dangerosité, il ne s’agit pas seulement de la vision réductrice de la terre elle même et de ses composantes naturelles, il s’agit également de toutes les problématiques sociales, économiques, sociétales, induites par l’économie de marché, le règne de la croissance et l’exploitation outrancière d’un certain nombre de ressources naturelles, or ce sont à ces problématiques que nous ramènent les concepts dont il est question dans cet article.

Je vous propose donc de découvrir une intervention de Vincent Cheynet, rédacteur en chef du mensuel La Décroissance, devant les élèves du Master « Ethique et développement durable », Lyon III.

L’intervention est ici .

Pour les plus paresseux, voici un condensé des citations proposées par Vincent Cheynet lors de son intervention, elles illustrent tour à tour la vision globale des défenseurs de la logique de développement durable et celle de Serge Latouche, un des « théoriciens » de la décroissance :

« Louis Schweitzer, le pédégé de Renault déclarait dans le mensuel « Enjeux Les Echos » en décembre 2004, “le développement durable n’est ni une utopie ni même une contestation, mais la condition de survie de l’économie de marché.” Et quand Louis Schweitzer parle “ d’économie de marché ”, il ne parle pas de “ l’économie des marchés ”, une économie à taille humaine et respectueuse de l’environnement, fondée sur des petites entités économiques, il parle du capitalisme. »

Voici deux ans, le sénateur Marcel Deneux – qui n’est pas un gauchiste mais un monsieur de droite – concluait ainsi son rapport sur l’évaluation de l’ampleur des changements climatiques : “De prime abord, le concept de « développement durable » peut rallier à peu près tous les suffrages, à condition souvent de ne pas recevoir de contenu trop explicite ; certains retenant surtout de cette expression le premier mot « développement « , entendant par là que le développement tel que mené jusqu’alors doit se poursuivre et s’amplifier ; et, de plus, durablement ; d’autres percevant dans l’adjectif « durable » la remise en cause des excès du développement actuel, à savoir, l’épuisement des ressources naturelles, la pollution, les émissions incontrôlées de gaz à effet de serre… L’équivoque de l’expression « développement durable » garantit son succès, y compris, voire surtout, dans les négociations internationales d’autant que, puisque le développement est proclamé durable, donc implicitement sans effets négatifs, il est consacré comme le modèle absolu à généraliser sur l’ensemble de la planète.”

Je cite Serge Latouche, professeur émérite d’économie à Orsay :“C’est pourquoi le « développement durable », cette contradiction dans les termes, est à la fois terrifiant et désespérant ! Au moins avec le développement non durable et insoutenable, on pouvait conserver l’espoir que ce processus mortifère aurait une fin, victime de ses contradictions, de ses échecs, de son caractère insupportable et du fait de l’épuisement des ressources naturelles… On pouvait ainsi réfléchir et travailler à un après-développement, bricoler une post-modernité acceptable. En particulier, réintroduire le social, le politique dans le rapport d’échange économique retrouver l’objectif du bien commun et de la bonne vie dans le commerce social. Le développement durable, lui, nous enlève toute perspective de sortie, il nous promet le développement pour l’éternité !”. »

Alors faut il achever ou sans cesse panser un système dont la survie est structurellement basée sur une prédominance de l’affrontement économique entre nations, sur le règne idéologique de la croissance , sur un mode de vie occidental de type productivo-consumériste ? C’est à mon avis une des questions à se poser aujourd’hui.

E.J.

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6 Responses to “Le pipeau écolo : 100% langue de Bois”

  1. paresia Says:

    Ah, enfin un débat ! Attention ça va clasher !

  2. jfgarsmeur Says:

    L’écologie qui se refuse à mettre en cause le capitalisme ne peut que se contredire dans ses propres slogans. Isabelle Stengers, dans une tribune de LIbé au moment de Copenhague l’a montré.
    L’écologie est la dernière arme du capitalisme moribond : elle détourne les travailleurs des vrais combats.Elle permet aussi de bloquer le tiers monde dans ses démarches de développement comme l’a montré l’ex-femme de Besson dont le nom m’échappe.
    L’écologie nous habitue également à la « société du contrôle » qu’annonçait Deleuze : les comportements déviants sont combattus par d’autres citoyens

    J’ai fait un billet, il ya quelques semaine pour dénoncer l’ambiguité de rassemblements tels qu’Europe écologie qui inscrive l’écologie ¨]¨]¨]comme une fin en soi, déconnecté de la lutte des classes, et des luttes de lbération populaires.
    http://lejournaldegeed.wordpress.com/2010/02/25/petainisme-vert-relire-andre-gorz/

    • paresia Says:

      La démagogie des partis « verts » européens de fait aucun doute dans mon esprit. Ils sont effectivement devenus un moyen pour les libéraux d’affaiblir, voire même d’achever l’influence marxiste sur le champ politique.

      Il me semble personnellement, et c’est pourquoi je suis en désaccord avec l’auteur de cet l’article, que la décroissance joue un rôle similaire . « Verts » + « Décroissance » sont en train de remplacer « gauche » + « extrême gauche » dans l’esprit des citoyens..

      • Mezigue Says:

        Vous prêtez aux « libéraux » un pouvoir qu’ils n’ont pas …

        Expliquer le surgissement et la part de plus en plus importante des problèmes d’écologie par des manoeuvres politiques me semble être une vision très réductrice.

        Je comprends ce que vous ESSAYEZ de dire à propos du remplacement progressif chez certains d’un idéal de gauche ou d’extrême-gauche par un combat soit écologiste, soit décroissant mais, outre que votre présentation des choses est un peu malhabile, je crois que sur le fond elle est fausse. La preuve en est qu’un certain nombre d’intellectuels proches de l’écologie – ou tout du moins qui en ont réellement compris les enjeux – continuent à croire aux mêmes idéaux que par le passé et donc, par exemple, à se réclamer de familles politiques de gauche comme le communisme ou l’anarchisme.

        Sur le fond, j’ai l’impression que vous confondez ce qui est de l’ordre du superficiel et des « phénomènes de mode » avec ce qui est plus profond et que l’on appelle l’histoire des idées.

  3. […] mais j’ai un copain qui collabore au nouveau blog Parésia : vous apprécierez peut-être son article, beaucoup plus mesuré que les miens sur les écolo. Laisser un […]

  4. Mezigue Says:

    @Jfgarsmeur

    Avancer comme (mauvais) « argument d’autorité » les propos idiots de Sylvie Brunel (l’ex- femme d’Eric Besson) est du plus haut cocasse…

    Même le moins intellectuel des partisans de la Décroissance connaît la réponse à ce genre de propos misérabiliste et mensonger qui présente les partisans de la Décroissance comme des gens qui voudraient empêcher le Tiers Monde d’arriver à plus de décence par un peu plus de croissance.

    Quant à mélanger « la « société du contrôle » qu’annonçait Deleuze » avec la problématique de l’écologie, il faut tout de même avoir un sacré culot ou un esprit particulièrement confus.


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