Paresia

On ne peut voir qu'on ne voit pas ce qu'on ne voit pas..

Bernard Stiegler (2007) 29 mars 2010

Interview par Frédéric Taddeï

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Friedrich Hayek – Les intellectuels et le socialisme (1949) 28 mars 2010

(…) Sur certains points l’intellectuel est en fait plus proche du philosophe que d’un spécialiste quelconque, et le philosophe est à plus d’un égard le prince des intellectuels. Bien que son influence soit plus éloignée des affaires pratiques et donc plus lente et plus difficile à observer que l’influence de l’intellectuel ordinaire, elle est de la même nature et même à long terme plus puissante. C’est la même tentative de synthèse, poursuivi de façon plus méthodique, le même jugement des idées particulières d’après leur capacité à entrer dans un système général de pensée plutôt que d’après leurs mérites spécifiques, le même combat pour une vision cohérente du monde, qui dans les deux cas forment la base principale pour accepter ou rejeter les idées. Pour cette raison, le philosophe exerce probablement une plus grande influence sur les intellectuels que tout autre érudit ou scientifique et, plus que tout autre, détermine la manière dont les intellectuels exercent leur fonction de censure. L’influence populaire du spécialiste scientifique commence à faire concurrence à celle du philosophe uniquement quand il cesse d’être un spécialiste et commence à philosopher à propos des progrès de sa discipline – et d’habitude seulement après avoir été accepté par les intellectuels pour des raisons qui ont peu à voir avec sa compétence scientifique.

Les « courants d’opinion » de toute époque sont donc essentiellement un ensemble d’idées générales préconçues d’après lesquelles l’intellectuel juge l’importance des nouveaux faits et opinions. Ces idées préconçues sont principalement des applications de ce qui lui semble les aspects les plus importants des réussites scientifiques, un transfert vers d’autres domaines de ce qui l’a impressionné dans les travaux scientifiques. On pourrait dresser une longue liste de telles modes intellectuelles qui au cours de deux ou trois générations ont dominé chacune à leur tour la pensée des intellectuels. Qu’il s’agisse de « l’approche historique » ou de la théorie de l’évolution, du déterminisme du 19ème siècle et de la croyance à l’influence prépondérante de l’environnement sur l’hérédité, de la théorie de la relativité ou de la croyance au pouvoir de l’inconscient – chacune de ces conceptions générales fut la pierre de touche qui permettait de tester les innovations dans les différents domaines. Il semble que moins les idées sont spécifiques et précises (ou moins elles sont comprises), plus grande est leur influence. Parfois ce n’est rien de plus qu’une vague impression rarement traduite en mots qui exerce une profonde influence. (…)

Texte intégral içi.

 

Chayefsky / Lumet – Network (1976) 27 mars 2010

Filed under: Vieux films — paresia @ 16:53
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Film de Sydney Lumet sur les médias. Un présentateur du JT annonce pendant son journal qu’il va se faire sauter la cervelle en direct à la prochaine émission..

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Funky DL – 2 Long 26 mars 2010

Filed under: Un peu de légèreté.. — paresia @ 03:12
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Bourdieu is back ! (Le jeu de la mort) 24 mars 2010

Mercredi 17 mars, à 20h40 sur France 2, était diffusé Le jeu de la mort, émission qui a déjà fait couler beaucoup d’encre.

Presque exactement 14 ans plus tôt, le 18 mars 1996, Pierre Bourdieu réalisait, pour la télévision, une présentation de son approche de la télévision (voir la video), dans le cadre d’une série de cours donnés au Collège de France, et qui devait déboucher sur la parution de son livre Sur la télévision.  Il expliquait à cette occasion combien la critique de la télévision à la télévision était difficile, et pointait notamment du doigt le rôle particulièrement important joué par les animateurs des émissions de « débat » dans cette structure coercitive. Le jeu de la mort nous en a fourni il y a quelques jours un exemple particulièrement évident.

Je ne m’attarderai pas sur le concept de l’émission, que je n’ai pas vu puisque j’ai banni la télévision depuis quelques années. D’après ce que j’ai lu, cela ressemblait à une émission de divertissement sur le modèle du jeu télévisuel, inspirée par l’expérience de Milgram, déjà remarquablement mise en scène par Henri Verneuil en 1979 dans son film I comme Icare (voir ici un extrait de l’émission L’avenir du futur du 28/09/1981). Je ne m’attarderai pas non plus sur le débat qui a suivi l’émission, puisque si j’en crois les commentateurs le passage le plus intéressant à été coupé au montage. Me voilà donc sur un pied d’égalité avec les téléspectateurs qui me permettrons, je n’en doute pas, un petit commentaire.

Libération nous apprend qu’Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie magasine, invité à participer au débat, aurait provoqué la colère de Christophe Hondelatte en critiquant l’autoritarisme inhérent à son rôle d’animateur. Ce dernier lui aurait gentiment demandé de quitter le studio devant les caméras, afin qu’ils puissent s’expliquer « entre hommes » dans sa loge. « Face à face » précise-t-il, selon les propos rapportés par Libération, au cas où on aurait des doutes sur la nature exacte d’une telle proposition.

Trêve de plaisanteries. Même si l’homosexualité semble un sujet brulant pour Christophe Hondelatte, il serait ridicule de résumer cette histoire par une explication sentimentale, ou par le « côté sanguin » de l’animateur, comme l’ont fait certains.

Voilà, il me semble le point à retenir : la télévision nous a encore montré qu’elle se défend admirablement contre la critique, en produisant elle-même une pseudo-autocritique. Toute la force de ce mécanisme consiste en sa dissimulation, le téléspectateur doit croire que la critique qu’il observe vient de l’extérieur. Ainsi Christophe Nick, qui a réalisé l’émission, est présenté comme un critique courageux. La chaine France2 aussi, au passage, est jugée courageuse par certains articles publiés dans  Le Monde, Libération, L’express, ou encore Médiapart ; ceci « clouant le bec à TF1 », chaine déjà critiquée par Christophe Nick dans TF1, Un Pouvoir (écrit avec Pierre Péant). Cette petite guerre entre puissants ne doit pas faire oublier une chose : si TF1 a le droit de critiquer France2 et inversement, la critique ne doit surtout pas venir de l’extérieur.

En d’autres termes on n’a pas le droit de critiquer la télévision en général, ses structures invariantes, mais seulement ses particularités éphémères et variables. Ici (comme on peut le voir dans la seconde émission programmée par France2, Le Temps de Cerveau Disponible, où la participation de Bernard Stiegler m’a un peu déçu) sont visées les émissions de télé-réalité produites par TF1, mais pas question de toucher au débat de fond soulevé par l’expérience de Milgram, à savoir les conditions de soumission à l’autorité par l’intermédiaire de ses représentants (ici l’animateur du « débat »).

L’autorité (ici celle de la télévision) n’est rien sans ses représentants. Et ces représentants, rappelant parfois l’attitude de certains fonctionnaires de police devant les tribunaux, refusent à tout prix toute implication dans la structure coercitive télévisuelle, alors qu’ils en sont les acteurs principaux (au sens théâtral du terme, évidemment). Bercés par un idéal journalistique kantien aveuglant, ils se pensent, consciemment ou non, en exemples de la démocratie, et du haut de leurs Lumières rien ne peut les atteindre. Face à la critique leurs réactions sont violentes, instinctives. J’ai en tête l’ouvrage de Géraldine Muhlmann, Du journalisme en démocratie, et à la carrière télévisuelle de son auteur qui participait au « débat » en question. Chez Géraldine Muhlmann la violence est dans le texte, qui qualifie les travaux de Bourdieu, Habermas, Chomsky, Serge Halimi ou Pierre Carles (« et quelques autres », comme elle le dit si bien) d’antidémocratiques.

La violence est plus subtile, « intellectuelle », mais produit le même effet : le rejet de la discussion, du libre dialogue, idéal que partagent ces auteurs décriés, et qui me semble être une valeur fondamentale de la démocratie. Là est peut-être le principal défaut de l’individualisme libéral : c’est une conception du politique qui dissimule le pouvoir au cœur même l’individu, où il reste invisible. Demander à un journaliste kantien de se considérer, ne serais-ce qu’une seconde, comme un objet et non-plus comme un sujet, voilà une tâche bien difficile. L’idéologie transforme les luttes émancipatrices en conflits intersubjectifs, obligeant la critique du libéralisme contemporain à sortir du débat théorique pour dénoncer les plus parfaits adhérents au système. D’affreuses langues de vipères agressent d’innocentes victimes, le spectacle est charmant et produit son petit effet : plus personne n’en a rien a foutre.

 

Guy Debord – Critique de la séparation (1961)

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Charles Péguy : De la raison 23 mars 2010

Texte de Charles Péguy, écrit en 1901, publié comme préface à un « Cahier » de Jaurès, nommé « Etudes socialistes ». Péguy y délimite ce qui relève de la raison et ce qui n’en relève pas, afin que ce qui n’en relève pas ne vienne pas fausser son fonctionnement, et qu’elle n’en vienne pas fausser le fonctionnement. Voix : Olivier Gaiffe

 

Félix Guattari – Qu’est-ce que la philosophie ? (1992) 21 mars 2010

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André Martin de Barros – Le philosophe

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Cornelius Castoriadis (1996)

Cornelius Castoriadis chez Daniel Mermet – Sur l’insignifiance.

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