Paresia

On ne peut voir qu'on ne voit pas ce qu'on ne voit pas..

Michel Freitag 16 avril 2014

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La droite et la gauche d’Alain 21 février 2014

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          «Lorsqu’on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche, a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui me pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche. C’est une riposte, ce n’est pas encore une idée. A réfléchir, peut-être, je m’en vais réconcilier tout le monde dans l’amour de la patrie ; car il y a de grands et pressants problèmes, qui nous tiennent unis : défense commune, prospérité, industrie, transports, monnaie, colonies, travaux publics, sans compter l’ordre de la rue. Cela est pressant j’en conviens, comme manger et dormir ; cela n’est pas respectable ; ces sages pensées ne me réchauffent pas le cœur. Si c’est pour cela que je suis né, pour garder mon lit, mon fauteuil, ma bourse, et mon plaisir, autant vaudrait boire ; et tout genre d’ivresse incline à droite. Croyez-moi, je sais ce que c’est ; et je serais un homme de droite, très cohérent et même très fort, si je voulais bien. Je sais le moyen de plaire à cet homme d’ailleurs charmant qui tourne autour de moi, comme un recruteur. « Il faut voir, dit-il, les réalités ; et l’Allemagne, et l’Italie, et la Russie. Et la crise des affaires ? Et la crise de l’autorité ? Vous profitez de ces choses, mon cher, vous vivez de respect ; il ne faut qu’un petit mouvement, laissez-vous faire. » Eh ! Diable ! je le sais bien. La pesanteur me tient ; il n’est pas difficile de tomber.
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L’homme est moyen ; l’homme est mélange ; l’homme est du centre ; et tous reviennent là, comme ces radicaux, dont je ne suis pas sûr de ne pas être, qui ont battu en retraite avec plus ou moins de dignité quand ils ont vu le franc fondre dans leur bourse. Les hommes de droite ont aussi ces mouvements naturels ; et, chose remarquable, ces mouvements sont plus honorables en eux qu’en nous ; eux, ils reviennent à l’idée de nettoyer tout de même un peu les taudis, de faire des crèches pour l’allaitement, entendez bien l’allaitement des petits d’homme, et autres concessions au frère inférieur. C’est ainsi qu’un général s’intéresse au rata. En quoi il trahit, car où cela ne mènerait-il pas ? L’homme de gauche, au contraire, trahit quand il ne pense pas au rata. Cela ne définit pas mal les deux hommes, il me semble.
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Je conviens que les hommes se ressemblent beaucoup quant à leurs actions ; cela vient de ce qu’ils sont tenus fort serrés par la commune nécessité. Il faut toujours bien revenir à une humanité assez inhumaine. Le révolutionnaire sera général aussi ; il connaîtra lui aussi une certaine manière d’aimer son semblable, un peu comme on aime les côtelettes. Mais l’homme n’est pas là, dans cette position de contrainte ; l’homme sous les débris d’une maison n’est plus guère un homme ; il fait ce qu’il peut ; il prend la forme qui lui est laissée. Qu’il se remette droit, je le jugerai alors d’après ses pensées chéries. Je le juge d’après ce qu’il voudrait être.
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Il y a un lyrisme de droite et un héros de droite, comme il y a un lyrisme de gauche et un héros de gauche. L’un en face de l’autre ils sont comme la nuit et le jour, comme le bien et le mal. Vous dites que cette pensée est enfantine ; cette opinion est de droite. Il n’y a jamais de doute, et les réactions sont vives et claires. Servir en commandant, imaginer d’après cela une vie sans peur et sans reproche, à la manière de Bayard, à qui la fidélité et le courage suffisaient ; et d’y penser seulement, quand on manquerait de tour de poitrine, sentir ses yeux mouillés de larmes, voilà le lyrisme de droite. Je ne le diminue pas. Observez, et vous verrez que l’amour de la patrie est une absolution pour toute injustice. L’homme est beau quand il paie de sa vie cette arrogante promesse à soi. Mais si Bayard n’est pas mourant au pied de l’arbre, je deviens froid comme un usurier. Il est trop facile de payer d’une mort imaginaire une vie bien réelle de puissance, de jouissance, de sévérité, et de mépris. Quiconque se donne ce lyrisme, se prépare ce pardon, celui-là est de droite.
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Est de gauche, au contraire, le héros d’intelligence. Je ne veux pas dire qu’il soit très intelligent, ni très savant ; on peut être très intelligent et trahir l’esprit dix fois par jour. Le héros d’intelligence se dit, en ses meilleurs moments, que l’honneur de l’homme serait de vivre selon le vrai, quoi qu’il puisse lui en coûter ; et que la première trahison est de se boucher les yeux à ce qui le gène, prenant même l’ironique précaution de se dire et de dire que nul ne peut connaître le vrai. Ponce Pilate, demandant : « Qu’est-ce que la vérité ? » était-il assez homme de droite ! Et cette ironie est bien forte. Malheureusement pour Ponce Pilate, il se trouve des cas où la vérité est simple comme tout ; le plus âne des hommes ne s’y trompera que s’il le veut bien. Exemple, l’affaire Dreyfus. Aussi quelle coupure ! Nos Ponce Pilate en saignent encore. Or les choses en sont là et toujours là ; vienne l’occasion ; les partis sont pris ; et voilà la coupure.»

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Alain, Propos sur les pouvoirs, #134, Décembre 1930.
Gallimard 1985, p. 340 et suivantes.


 

Claudine Tiercelin, Le ciment des choses 11 décembre 2013

Claudine Tiercelin présente Le ciment des choses – Petit traité de métaphysique scientifique réaliste (Ithaque 2012) à la librairie Mollat.

 

Faut-il ressusciter Julien Benda ?

« Faut-il ressusciter Julien Benda ? Littérature, philosophie et politique » Discussion avec Pascal Engel, Antoine Compagnon, Louis Pinto, présentée par Mathieu Mulcey, autour du livre de Pascal Engel « Les Lois de l’esprit. Julien Benda ou la raison » (Ithaque, 2012). A l’Institut de théologie protestante, à Paris, le 2 mai 2013.
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Michael Löwy – Max Weber et le marxisme wébérien 9 décembre 2013

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Conférence-débat organisée par la Société Louise Michel, au Lieu-dit, Paris-20ème, mardi 24 septembre 2013
Michael Löwy, à propos de son ouvrage La Cage d’acier. Max Weber et le marxisme weberien
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Jacques Bouveresse – Les intellectuels et les médias

extrait de : Jacques Bouveresse, Le besoin de croyance et le besoin de vérité. Les intellectuels et les médias, Film de Gilles L’Hôte, A LA SOURCE DU SAVOIR 2008

http://autourdejacquesbouveresse.blogspot.fr/

 

Niklas Luhmann – La réalité des médias de masse 8 mai 2013

Les éditions Diaphanes publient une traduction de Die Realität der Massenmedien (1996). Cette première traduction en français, due à Flavien Le Bouter, rend enfin accessible au lecteur français les réflexions du sociologue allemand sur ce monstre froid que l’on nomme « les médias ».
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Présentation de l’éditeur :
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Façonnant la réalité tout autant qu’ils la décrivent, les médias de masse forment un système qui s’autoalimente sans intervention extérieure, dans lequel nous avons pris l’habitude d’évoluer sans le questionner. Niklas Luhmann propose ici une analyse minutieuse des modes de fonctionnement de ce système, de ses sélections simplificatrices et de ses implications. D’une actualité indiscutable, cet essai invite à reconsidérer la manière dont le monde se conçoit lui-même.

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« Rien ne change, sauf des noms et des visages. Les cartes se redistribuent. Les journalistes dans mon genre ne seraient-ils pas de simples agents d’autorégulation ? »
(Denis Robert).
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Encore largement méconnue en France, la sociologie de Niklas Luhmann a pourtant une influence importante en Allemagne, et bien au-delà (plusieurs traductions nous viennent d’ailleurs du Québec, aux Presses Universitaires de Laval). Luhmann propose avant toute chose une sociologie théorique, exposée de façon détaillée dans son œuvre majeure Soziale Systeme (1984), traduite en français par Lukas K. Sosoe  (Systèmes Sociaux – Esquisse d’une théorie générale, PUL 2010).  La réalité des médias de masse, comme la plupart des livres de Luhmann, s’attache à appliquer sa théorie systémique à un objet social particulier. Pour le sociologue la validité de sa théorie doit être mise à l’épreuve par l’exemple, elle prétend s’appliquer à l’ensemble du monde social et doit donc se montrer capable d’expliquer la réalité de n’importe quelle organisation sociale. Après la religion, l’économie, le droit, l’éducation, la science et la politique, c’est donc au tour des médias de masse.
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Si cette œuvre est publiée relativement tardivement dans la bibliographie de Luhmann, il s’intéresse en fait depuis longtemps aux médias et à la communication de masse, et ce livre est pour lui l’occasion de revenir sur quelques aspects fondamentaux de sa théorie générale des systèmes sociaux. Son titre équivoque peut, et doit être entendu de deux façons : Luhmann va nous parler non seulement de la réalité propre aux médias de masse, mais également de la réalité construite par ces médias. D’abord La réalité des médias de masse s’intéresse à ce que sont les médias de masse en tant que système social. Luhmann va donc nous décrire les opérations spécifiques qui constituent ce système. Mais cette description a également pour but de souligner la fonction sociale des médias de masse dans le cadre de la théorie systémique générale de Luhmann. Cette fonction est justement la construction d’une réalité seconde, une illusion de réalité, à destination des systèmes psychiques que nous sommes. Perdus dans la complexité du monde moderne, cette vulgarisation de la réalité réelle de notre environnement social nous est indispensable.
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L’ « antihumanisme méthodologique » de la sociologie de Luhmann n’en fait pas pour autant, comme on pourrait le croire, une pensée totalement abstraite, coupée du monde. De quel monde parle-t-on ? Ce que nous savons sur notre société, sur le monde dans lequel nous vivons, nous le savons par les médias de masse. Et pourtant, souligne Luhmann, ce que nous savons sur les médias de masse ne nous incite pas à leur faire confiance. Comment est-il possible d’accepter des informations concernant le monde et la société comme étant des informations sur la réalité lorsqu’on sait comment elles sont produites ? On accuse régulièrement « les médias » de nous manipuler, de déformer la réalité. Luhmann rejette cette idée, qui présuppose que sans les médias la réalité serait directement accessible, sans aucune construction. Pour dénoncer sérieusement les travers des médias, il faut d’abord comprendre comment ils construisent ordinairement la réalité.
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Les médias de masse sont définis comme des dispositifs de la société qui se servent de moyens techniques de reproduction multiple pour la diffusion de la communication. Ce qui distingue un média de masse d’un média classique est en particulier l’impossibilité d’interaction entre l’émetteur et les récepteurs de la communication (ainsi le téléphone, par exemple, n’est pas un média de masse, contrairement au livre, au journal, à la radio, etc.). C’est cette coupure qui permet à Luhmann de considérer les médias de masse comme un système autopoïétique, c’est-à-dire un système social qui se reproduit lui-même indépendamment des systèmes psychiques. Chez Luhmann la relation sociale fondamentale n’est plus dans le rapport sujet-objet, qu’il remplace par un rapport entre système et environnement. Le sujet conscient et rationnel disparaît, les hommes deviennent l’environnement d’une société faite de communications considérées comme relativement autonomes. La communication, qui communique avec elle-même, est l’élément essentiel du monde social. On comprend mieux, peut-être, après ces quelques explications, en quoi le système des médias de masse joue un rôle essentiel dans la théorie de Luhmann, au niveau de l’unification (et/ou de « l’intégration ») de la société. Luhmann va jusqu’à qualifier la réalité seconde qu’ils construisent d’illusion transcendantale. C’est dire le rôle qu’il leur accorde dans la constitution d’un monde commun.
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J’espère, à ce stade, ne pas avoir trop égaré le lecteur. Luhmann n’est pas facile à présenter, et je ne veux pas vous en dire trop. Je vous laisse découvrir le détail de sa description des opérations et de la fonction des médias de masse. Il y sera question des différentes sortes de production des médias, de leur temporalisation, du code spécifique information / non-information qui les caractérise, du classement de l’information par thèmes, de la réduction de la complexité par une binarisation des valeurs induite par leur schémas, de leur goût pour la narrativité, et enfin, entre autres choses, du rapport entre le système des médias de masse et les autres systèmes sociaux.
L’abstraction est pour Luhmann une nécessité épistémologique. Dans la préface des Systèmes sociaux il avertit son lecteur ainsi : « Ce modèle de théorie élève la présentation à un niveau d’abstraction inhabituel. Le vol dans l’abstraction doit s’effectuer au-dessus des nuages, et il faut s’attendre à une couverture de nuages plutôt épaisse. On doit alors s’en remettre à ses propres instruments. Il est possible à l’occasion d’entrevoir le sol – de poser un regard sur des régions avec des routes, des habitats, des rivières ou des littoraux qui rappellent quelque chose de familier ; ou encore un regard sur des paysages plus étendus avec les volcans éteints du marxisme. Cependant, il ne faut surtout pas être victime de l’illusion que ces quelques points de repère pourraient suffire à orienter le vol. »
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La sociologie de Luhmann est souvent déroutante pour le lecteur français. A certains égards, elle devrait pourtant lui paraître familière. Lukas K. Sosoe a souligné a juste titre, dans l’introduction à l’édition française des Systèmes sociaux, les rapports ambigus qu’entretient la théorie de Luhmann avec le postructuralisme français (Foucault, Deleuze, Lyotard, Derrida) et les théories de la postmodernité. Luhmann, nous dit-il, « accepte la fin des méta-récits, mais affirme la possibilité d’autres récits, d’autres tentatives de reconstruction d’une épistémologie appropriée aux exigences des sociétés modernes avancées, comme par ailleurs Habermas et Apel les ont entreprises, mais d’une autre façon, dans une autre perspective. »
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Luhmann reconnait lui-même qu’il écrit des livres difficiles. Il a pourtant, ici, fait un effort remarquable de lisibilité. De plus, on ne peut que se réjouir de la qualité de la traduction de Flavien Le Bouter qui nous offre un texte limpide, et une postface instruite et bienvenue. A mon sens indispensable pour quiconque s’intéresse à cet auteur, ce texte pourrait même constituer une assez bonne introduction à l’œuvre du sociologue. C’est en tout cas une contribution remarquable à la sociologie des médias, aux accents parfois philosophiques, et qui peut à ce titre apporter un éclairage intéressant sur les théories de la connaissance, ou encore sur la philosophie politique contemporaine.
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Roger Chartier reçoit Pierre Bourdieu (1988) 3 mai 2013

Roger Chartier invite Pierre Bourdieu sur France-Culture pour une série de cinq entretiens.

 

Le pragmatisme : une réévalution 1 avril 2013

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Séminaire organisé par  Claudine Tiercelin au Collège de France (2013).
La contribution de Benoit Gaultier est particulièrement remarquable.

 

La bande passante 13 mars 2013

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